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Renault : pourquoi Vasseur s'en va-t-il ?

(L to R): Cyril Abiteboul (FRA) Renault Sport F1 Managing Director with Frederic Vasseur (FRA) Renault Sport F1 Team Racing Director on the grid. 23.10.2016. Formula 1 World Championship, Rd 18, United States Grand Prix, Austin, Texas, USA, Race Day. - www.xpbimages.com, EMail: requests@xpbimages.com - copy of publication required for printed pictures. Every used picture is fee-liable. © Copyright: Batchelor / XPB Images

Entre Abiteboul et Vasseur, la rivalité était latente...

En apprenant la restructuration de l'été 2016, qui voyait Vasseur nommé officiellement Team Principal du Renault Sport F1 Team et Abiteboul envoyé dans l'Oxfordshire pour prendre en charge l'usine d'Enstone, on pouvait se poser des questions. Cette direction bicéphale avait quelque chose d'artificiel, même si Cyril est très anglophile et avait longuement vécu à Oxford quand il travaillait pour Renault F1 à l'époque Briatore, tandis que voir Frédéric endosser le costume prestigieux du patron (Team Principal) ne correspondait sans doute pas tout à fait à la réalité du terrain, peut-être miné par les ingénieurs britanniques d'Enstone. Vasseur avait-il exigé ce titre pour mieux incarner le leadership du Losange dans le paddock des Grands Prix ? Bonne question...

Sauf que l'organigramme en devenait schizophrène ! Guerre des egos ? Abiteboul et Vasseur sont trop intelligents pour se perdre en énergie négative et Jérôme Stoll, leur supérieur hiérarchique, suffisamment averti dans la gestion des hommes. Même après cette mise au point, on a senti que les tensions restaient omniprésentes, que les opinions divergeaient sur la vision et les méthodes à suivre pour remettre Renault sur le chemin du podium. Dans un environnement professionnel nouveau pour lui, avec deux entités (Enstone et Viry) réunissant plus de 900 collaborateurs, Vasseur ne s'est probablement pas senti entendu comme il en avait l'habitude dans les structures plus légères (ART et Spark) où il évoluait auparavant.

Même après cette mise au point, on a senti que les tensions restaient présentes et que les opinions divergeaient sur la vision et les méthodes à suivre pour remettre Renault sur le chemin du podium.

Passer son temps à convaincre, à faire de la politique en interne, n'était pas sa tasse de thé. Fred est un self-made-man et les opérations menées jusque-là relevaient du one-man-show : il était le patron incontesté, maître chez lui, sans autre compte à rendre qu'auprès de ses associés une fois la saison bouclée. L'esprit d'opération commando qui l'a toujours animé lui a permis de bâtir le palmarès que l'on sait dans les formules périphériques à la F1, mais il n'a visiblement pas pu s'adapter aux exigences d'une structure plus lourde dépendant d'un grand groupe, avec les compromis que cela suppose. Son arrivée à la tête du Renault Sport F1 Team relèvait donc de l'erreur de casting et il a courageusement pris la décision qui s'imposait en démissionnant à son retour de vacances début janvier.

En discutant avec Cyril Abiteboul au soir du Grand Prix d'Abu Dhabi en 2015, j'avais évoqué avec lui le rôle de Team Principal auquel il semblait logiquement destiné. "Le titre n'a pas beaucoup d'importance, m'avait-il confié. De nos jours, une écurie de F1 a besoin de compétences diverses et la répartition des tâches est plus importante que les fonctions elles-mêmes : qu'on soit Team Principal, directeur sportif, directeur technique, directeur commercial etc, une synthèse doit être opérée par un comité pour diriger l'équipe. Il s'agit donc de nommer les bonnes personnes aux bons postes."

Alain Prost avait imaginé Fred Vasseur dans le costume d'Eric Boullier, dont la formation avait été similaire, mais leurs caractères diffèrent dans le sens où là où l'ex-manager du team DAMS a toujours été un employé capable de s'adapter aux demandes des actionnaires (chez Lotus puis chez McLaren), le patron d'ART GP avait l'habitude d'évoluer en solo pour donner la direction à suivre à ses troupes. Il souhaitait la même carte blanche chez Renault, mais la mayonnaise n'a pas pris. Reste à voir comment Renault va gérer la situation et les déséquilibres potentiels entre le team de F1, basé en Angleterre, et la maison-mère. A Stoll et Abiteboul de réussir comme Lauda et Wolff l'ont fait pour Mercedes, ou encore Horner et Marko chez Red Bull.

(L to R): Cyril Abiteboul (FRA) Renault Sport F1 Managing Director with Frederic Vasseur (FRA) Renault Sport F1 Team Racing Director. 04.09.2016. Formula 1 World Championship, Rd 14, Italian Grand Prix, Monza, Italy, Race Day. - www.xpbimages.com, EMail: requests@xpbimages.com - copy of publication required for printed pictures. Every used picture is fee-liable. © Copyright: Charniaux / XPB Images

A Cyril Abiteboul maintenant d'assumer les responsabilités confiées par Jérôme Stoll au nom de Renault.