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Dans les arcanes du puzzle Haas-Ferrari-Dallara

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On sait que la Haas VF70 et la Ferrari SF70H sont des cousines. L’écurie américaine exploite une disposition du règlement technique qui lui permet d’acheter à Maranello de nombreuses pièces pour son châssis. Mais comment ce meccano géant, entre les USA, l’Angleterre et l’Italie, se met-il en place ?

BÉNÉFICIER DU SAVOIR-FAIRE – ET DES AUDACES – DE DALLARA

Avant les débuts de l’écurie Haas en Grand Prix l’an dernier, beaucoup nourrissaient de sérieux doutes sur le projet du team US : certes, la majeure partie des composants seraient achetés à Ferrari, mais encore allait-il falloir en maîtriser l’infinie complexité, en faire bon usage… Or, en marquant des points pour sa première course de F1, l’équipe a fait taire les mauvaises langues, qui n’ont pu que saluer la huitième place décrochée la saison passée au classement du Championnat du monde des constructeurs. Le sérieux des hommes emmenés par Günther Steiner se confirme cette saison, malgré le défi qu’a constitué la refonte du règlement technique : Romain Grosjean et Kevin Magnussen ont récolté 29 points (soit autant qu’en 2016), plaçant le team devant Renault et McLaren dans la hiérarchie provisoire.

Pas mal pour une monoplace américaine voulue à Kannapolis, conçue en Italie (sculptée dans la soufflerie de Maranello par Ben Agathangelou, ex-Ferrari et Red Bull, puis assemblée chez Dallara à Parme) et exploitée en Angleterre (dans la base de Banbury). Selon l’annexe 6 du règlement sportif, une équipe doit construire la monocoque, la cellule de survie, les structures déformables (soit, entre autres, le nez et la structure fixée à la boîte de vitesses), les arceaux, les ailerons, le fond plat, le diffuseur et la “carrosserie” (c’est-à-dire toutes les surfaces sur lesquelles passe le flux d’air). Dans le cas de Haas, c’est Dallara qui produit ces éléments, dans son usine italienne. Quatre-vingt ingénieurs sont “loués” au constructeur italien et placés sous la direction de Rob Taylor. Chef designer adjoint depuis 2010 chez Marussia après un détour par l’A1GP, l’ingénieur britannique évolue depuis 28 ans en F1. Responsable du design chez McLaren de 2006 à 2010, il a dessiné la première Red Bull en 2005, ainsi que les Jaguar des saisons 2003 et 2004, après avoir œuvré chez Arrows et Ferrari.

Rob Taylor, designer en chef de Haas — © WRi2

“Dallara se charge de la fabrication de l’ensemble du châssis, confirme au magazine Racecar engineering Rob Taylor, le directeur technique de l’équipe. Tout le monde sait que c’est une entreprise qui construit un tas de châssis, mais elle en produit vraiment beaucoup ! À l’usine, vous les voyez alignés comme les gardes de Buckingham Palace : GP3, GP2, Super Formula, LMP, F3, IndyCar, IndyLights, Formula E, c’est stupéfiant ! Nos châssis à nous sont fabriqués dans un atelier à part.”

Taylor, qui a rencontré Steiner chez Jaguar quand la marque anglaise courait en Grand Prix, coordonnant le meccano géant entre Haas, Dallara et Ferrari en passant une bonne partie de son temps dans l’usine située en Émilie-Romagne, où il peut discuter de vive voix avec le designer en chef Luca Pignacca. L’expérience et le savoir-faire de Dallara dans la fabrication de monocoques en carbone ont permis à Haas d’utiliser des techniques que ses rivales ne prendraient même pas la peine de considérer :

“Notre monocoque est construite comme les autres monocoques de Dallara, mais de manière un peu différente. Dallara fabrique ses châssis d’une manière totalement différente de ce que j’avais vu auparavant. En F1, on est plutôt conservateur pour cette partie de la voiture, car on ne peut pas la louper. Il y a un calendrier à suivre et si on se trompe, on va au-devant de gros ennuis. Les ingénieurs de Dallara ont une approche qui peut sembler risquée, mais ils l’ont fait des centaines de fois. Ils ont une autre façon de penser, c’est très enrichissant de les voir travailler. Certaines de leurs techniques sont réellement à la pointe de la technologie. Ils fabriquent des châssis depuis 50 ans et leur savoir-faire est très remarquable, même s’il peut sembler un peu à la marge.”