Pourquoi nous aimons la Formule 1 (#2)

La Formule 1 reste l’un des sports les plus regardés de la planète – malgré ses imperfections et ses crises récentes. Nous nous sommes demandé pourquoi nous aimons (encore) autant ce sport à nul autre pareil. Voici le deuxième épisode de notre série de l’été.

© Red Bull
© Red Bull

L’ART DE TOURNER EN ROND

Sait-on pourquoi on aime la caponata, les brunes discrètes ou la montgolfière ? J’aime la Formule 1, et pourtant j’ai l’idée de compétition en horreur. J’aime sentir s’accélérer mon pouls le dimanche à l’extinction des feux, mais je peste souvent contre la gabegie des moyens déployés. J’aime m’installer devant la télévision avec mon frère pour le rituel bimensuel que nous avons institué en 1988, mais aucun autre sport ne trouve grâce à mes yeux. Bizarre…

Étrange passion, en effet, que celle qui vous pousse à vous lever à cinq heures du matin pour regarder le lointain Grand Prix du Japon en direct à la télévision. À refuser des invitations à déjeuner parce que vous préférez suivre les qualifications, l’estomac noué. À devenir sourd aux mots de vos proches au moment du départ. À regarder, fasciné, faute de télévision, un écran d’ordinateur rempli de chiffres : le tableau de chronométrage qui indique en direct les temps au tour de chaque pilote – la Formule 1 n’est-elle pas “le plus abstrait des sports physiques” (Jean-Philippe Domecq, Ce que nous dit la vitesse, Paris, Pocket, 2000) ? À nier, enfin, que ce passe-temps participe à l’“accélération du réel” (Paul Virilio) qui mène le monde à sa désintégration et nous rend de plus en plus impatients.

Étrange passion, en effet, que celle qui vous pousse à vous lever à cinq heures du matin pour regarder le lointain Grand Prix du Japon en direct à la télévision. À refuser des invitations à déjeuner parce que vous préférez suivre les qualifications, l’estomac noué. À devenir sourd aux mots de vos proches au moment du départ.

Peut-être la Formule 1 correspond-elle, chez moi, à un goût exagéré pour la précision, l’exactitude maniaque : les meilleures voitures,  pilotées par les meilleurs pilotes. Voilà en effet un sport où règne l’intelligence la plus sophistiquée simplement pour tourner en rond le plus vite possible. En comptabilisant les départements moteur et châssis, il faut mille personnes pour faire courir deux Mercedes une vingtaine de week-ends par an : absurde, non ? Des millions d’euros dépensés chaque année pour rien, sinon pour le vertige de la vitesse et la beauté d’une lutte toujours perdue contre la marche du temps. Oui, mais voilà : une pole position, c’est une somme magique de perfections (excellence du pilotage, suprématie du châssis, maîtrise du trafic), un instant rare où tout s’emboîte au millimètre près.

Excellence technique qui ne se traduit hélas pas automatiquement en excellence de la course : certains Grands Prix sont mortellement ennuyants… Une bonne course exige une compétition resserrée et une victoire aussi imprévisible que possible. Cela a été le cas parfois (les saisons 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2012 me viennent à l’esprit, mais j’en oublie sans doute), plus rarement voire jamais ces dernières années (domination Red Bull puis Mercedes oblige). Et pourtant, je reste fidèle au poste.