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La course de leur vie #8 : P.-H. Raphanel, Monaco 1989

le à 12:26

Les historiens du sport automobile se tapent déjà sur les cuisses. "Ils ne se sont pas foulés, cette fois, chez F1i ! Bien sûr, Monaco 89 pour Raphanel : c’est le seul Grand Prix auquel il ait pris part !" Certes. Mais quel Grand prix, et dans quelles conditions...

Né à Alger, ce Héraultais d’adoption fait partie de la multitude d’espoirs français qui grenouillaient dans les formules de promotion, début des années 80, et qui pour beaucoup ont atteint la F1. Les Ferté(s), Alliot, Panis, Grouillard, Dalmas, Lagorce, Belmondo et autre Trollé. Champion de France F3 1985, PHR est alors pilote Oreca. C’est fort logiquement avec Hugues De Chaunac qu’il grimpe en F3000. Trois saisons plus tard, le bilan est très mitigé : une pole, trois podiums. C’est pourtant à lui que Gérard Larrousse fait appel, fin 88, pour remplacer Dalmas, malade, lors du Grand Prix d’Australie. Au pied levé, sans essai préalable, à Adélaïde. "Si tu te qualifies, je me coupe les c..." lui confie son motoriste F3000 Heini Mader. Une boîte de vitesses cassée préservera l’intégrité physique du Suisse, dont les bijoux de famille ont eu chaud : Pierre-Henri était 24ème en fin de première séance.

La performance n’est pas passée inaperçue, et Raphanel décroche un volant F1 full time en 89 chez Coloni. La petite écurie italienne est alors sponsorisée notamment par la Cinq et possède des Français en ses rangs, dont l’ingénieur Christian Vanderpleyn (ex-AGS). Les deux premières épreuves sont dramatiques. Comme son équipier Moreno, Pierre-Henri rate largement sa (pré-)qualification. La C188B est lourde et large comme un bus à impériale, son Cosworth DFR poussif. Arrive Monaco et c’est le miracle. Non seulement le Français s’extrait de la pré-qualif - devant Brundle (Brabham) qui terminera 6ème de la course, et aux dépends notamment des Onyx et Osella - mais il se qualifie tout comme Roberto, qu’il précède de sept places et d’autant de dixièmes. Le voilà 18ème de grille, juste devant Piquet (l’autre Lotus Judd de Nakajima n’est même pas qualifiée), mais aussi devant une Arrows (Cheever), une Ligier (Arnoux), une March (Capelli), une Tyrrell (Palmer) et une Benetton (Herbert, convalescent). Les tares châssis et moteur sont moins pénalisantes en Principauté, et surtout Raphanel adore les circuits en ville, s’étant déjà imposé ici même en Formule 3.

Le lendemain, il gagne deux places au départ, Gugelmin (March) partant des stands et Patrese (Williams) ayant calé en pré-grille. Passé par Arnoux et Capelli, il résiste bec et ongle à Piquet. Après 18 tours, il est 15ème, toujours devant Nelson, quand sa boîte commence à débloquer. Deux boucles plus tard, c’est l’abandon, avec l’immense satisfaction du devoir accompli. Pour la petite histoire, devancés par lui aux essais, Cheever finit 7ème et Capelli était 5ème quand il tomba en panne électrique...

Le début d’une belle histoire ? Non, le rêve tourne vite au cauchemar. Malgré la mise en piste d’une C189 plus élaborée, Raphanel ne se sortira plus jamais du piège - redoutable il est vrai tant elles étaient relevées - des pré-qualifications. Après sept échecs consécutifs, il quitte Coloni et remplace Weidler chez Rial. Le team allemand de l’irascible Gunther Schmidt n’est pas en meilleure forme, mais au moins ses deux monoplaces échappent, elles, d’office à la guillotine du vendredi à l’aube. Las, en six tentatives, jamais Pierre-Henri ne sera en mesure de figurer parmi les 26 plus rapides, pas plus que ses partenaires successifs Danner, Foitek ou Gachot.

En fin de saison, le Français décide sagement d’abandonner la F1. Durant une décennie, il va promener son casque rouge en endurance : GT japonais, FIA-GT, BPR, avec des constructeurs aussi prestigieux que Toyota, Peugeot, Porsche ou McLaren, mais aussi Courage ou Panoz. Il dispute à de multiples reprises les 24 Heures du Mans et finit 2ème en 97 sur McLaren F1 avec Jean-Marc Gounon et Anders Olofson. Agé de 50 ans, retiré de la compétition en 2001, il s’est reconverti dans l’immobilier, comme consultant télé mais n’a pas oublié la vitesse pour autant : en juillet 2010, Raphanel a établi le record du monde de vitesse pour voiture de série en poussant une Bugatti Veyron 16.4 Super Sport à 431,72 km/h sur la piste d’essais Volkswagen près de Wolfsburg !


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